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L’après 22 avril

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Nous vivons sur une planète unique. Unique, en ce qu’elle réunit les conditions climatiques, physiques et biochimiques essentielles à la vie. Ces conditions ont permis à l’humanité de se développer et de mettre en place un modèle d’organisation socio-économique qui a entraîné une amélioration extraordinaire de la qualité et de l’espérance de vie. Cependant, ce puissant instrument d’épanouissement en est venu aujourd’hui à mettre en péril les mêmes conditions climatiques, physiques et biochimiques qui ont permis notre existence et celle des autres espèces avec qui nous cohabitons.

Nous sommes arrivés à une étape de notre évolution où nous devons passer à autre chose, où collectivement il nous faut imaginer un nouveau modèle de société qui reflète une compréhension plus réaliste du monde et qui intègre notre condition d’organisme vivant. Le printemps bruyant que l’on connaît au Québec, cette occupation des espaces publics, toutes ces cogitations collectives laissent dans l’air un parfum d’évolution, voire de révolution. Alors qu’on s’apprête à célébrer le 50e anniversaire de la parution du « Printemps silencieux » (Rachel Carson), se pourrait-il que l’année 2012 marque non pas la fin du monde, mais la fin d’un monde et le commencement d’un autre, plus libre et plus heureux, où les êtres humains reprendraient leur destinée en main ?

Vers une économie stabilisée
Nous baignons dans une matrice économique dont le carburant est l’augmentation perpétuelle de la production et de la consommation de biens et de services. Cet impératif de la « croissance pour la croissance » qui est au centre des politiques publiques depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale est devenu au fil du temps une sorte de religion. L’économie n’est plus ce système qui avait pour but de réguler les échanges de biens et de services. Elle s’est personnifiée, prenant la forme d’une figure dominatrice dont on appréhende les états d’âme : «l’économie va bien», «les marchés ont mal réagi», «ils sont frileux»… Elle a institué en norme sociale la nécessité de consommer toujours plus, de sorte qu’il semble ne plus exister dans la conscience collective de notion de limite, de sorte que trop ne sera jamais assez.

Pourtant, c’est l’évidence même : dans un monde aux ressources et espaces limités, un système fondé sur une croissance illimitée ne peut être durable. Pendant des siècles la taille de l’économie mondiale est demeurée en deçà de la capacité de support de la planète mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Au cours des cent dernières années, la production mondiale de l’économie a été multipliée par 24, atteignant maintenant plus de 47 trillions de dollars. L’appropriation toujours plus grande de matière, d’énergie et d’espace par l’activité humaine a profondément modifié les écosystèmes et réduit la capacité de subsistance des autres formes de vie. À cette dette environnementale s’est jumelée une perte d’équité sociale. En effet, malgré la croissance phénoménale de l’économie mondiale, le fossé entre les plus riches et les plus pauvres n’a cessé de se creuser. Aujourd’hui, ce sont 3,7 milliards d’êtres humains qui survivent avec moins de deux dollars par jour, soit annuellement le prix d’un téléphone intelligent.

Les règles du jeu économique mondial ne sont pas immuables. Contrairement aux lois de la Nature, ces règles ont été imaginées par nous. Elles peuvent donc être changées, par nous. Une question se pose : alors que tout a une limite en ce monde, pourquoi l’économie devrait-elle croître indéfiniment ? Chez la plupart des espèces animales, le début de la vie est caractérisé par une phase de croissance rapide qui à l’approche de l’âge adulte s’atténue pour éventuellement s’arrêter presque complètement. Les économies émergentes ont besoin de se développer pour permettre aux populations qui en dépendent d’atteindre un niveau de vie acceptable. Au-delà d’une certaine taille cependant, les économies ne grandissent plus, elles grossissent, ne servant plus l’intérêt de la Société mais essentiellement celui des sociétés. Plusieurs études le démontrent : au dessus d’un certain seuil, l’accroissement du niveau de vie ne se traduit plus par une augmentation de la qualité de vie. Au-delà d’une certaine limite, le découplage entre le PIB et le bien-être des individus est frappant. Dans un modèle socio-économique recadré sur la satisfaction des besoins essentiels et l’épanouissement individuel et collectif dans le respect des limites de la planète, les économies matures des sociétés riches comme l’est le Québec devraient surveiller leur ligne. Cette perspective paraît être sortie de la tête d’un dangereux extrémiste financé par des intérêts étrangers. Eh bien non…elle est soutenue par de plus en plus de scientifiques et d’économistes, dont Peter Victor, auteur d’un ouvrage intitulé Management without growth : slower by design not disaster (2008). Ce dernier a conçu un modèle prévisionnel reproduisant l’économie canadienne dans le but d’apprécier l’effet de divers scénarios de croissance et de décroissance sur un certain nombre d’indicateurs socio-économiques et environnementaux. Dans le scénario de croissance faible ou nulle, où la consommation, la productivité et la population se stabilisaient à partir de 2010, il a montré qu’en réduisant la semaine de travail à quatre jours, en instaurant une taxe sur le carbone, en augmentant le niveau de taxation des plus riches, et en ramenant les investissements publics vers les services à la société, le résultat au bout d’une vingtaine d’années serait loin d’être désastreux. Au contraire, le taux de chômage aurait atteint un plancher de 4%, le ratio de la dette sur le PIB aurait chuté considérablement, de même que la pauvreté et les émissions totales de gaz à effet de serre. Bien sûr, ces résultats ne sont que des projections, mais combinés à ceux similaires d’autres spécialistes, ils démontrent que des trajectoires autres que celle de la croissance perpétuelle sont possibles pour les sociétés riches comme le Québec. Elles sont d’ailleurs aussi possibles et souhaitables qu’elles sont inévitables. En effet, le temps où la croissance insensée manquera d’essence est proche. Pour s’en convaincre, il suffit de contempler les crises et les effondrements économiques qui se multiplient un peu partout sur le globe.

Vers une occupation humaine durable et équitable du territoire
Nous sommes aujourd’hui 7 milliards d’êtres humains sur la Terre et selon les différents scénarios de l’ONU ce nombre pourrait se stabiliser à 8 milliards ou augmenter jusqu’à 10 milliards en 2050. Déjà aujourd’hui nous consommons plus que ce que notre planète peut nous offrir . Comme le souligne le rapport de la Conférence sur l’économie stationnaire (2010), nous avons non seulement besoin de plus petites empreintes, mais aussi d’un moins grand nombre de pieds. Malencontreusement et en dépit de l’urgence, la question démographique n’est que timidement abordée, principalement pour deux raisons. Premièrement, ‘avoir des enfants’, peu importe le nombre, est devenu dans l’imaginaire collectif un ‘droit’ inaliénable, et l’idée même d’intervenir explicitement pour contenir la démographie mondiale est perçue par certains comme un sacrilège, et par d’autres comme une source inévitable de dérives similaires à celles qui sont survenues en Chine. En dépit du problème éthique qu’il pose, cet enjeu est majeur et l’espèce humaine devrait aujourd’hui être assez mature pour l’envisager et en débattre. Mais il y a un second verrou idéologique qui rend encore plus difficile toute réflexion ouverte et éclairée sur le sujet. Notre économie est ainsi faite qu’elle a besoin de la croissance démographique pour se maintenir. En effet, notre modèle économique est non seulement tributaire de l’augmentation de la consommation per capita mais également de l’augmentation du nombre de consommateurs. C’est ainsi que la croissance de la population constitue aujourd’hui une autre obsession de nos dirigeants politiques qui n’ont de cesse d’imaginer des incitatifs pour produire davantage d’enfants. Au Québec, la population a franchi le cap des 8 millions d’habitants fin septembre 2011. Au contraire de plusieurs sociétés riches (États-Unis,Danemark, Royaume-Uni), la population du Québec est affligée d’une croissance famélique et les prévisions démographiques récentes suggèrent qu’elle pourrait soit décliner légèrement, soit se stabiliser, soit augmenter jusqu’à frôler les 9 millions d’habitants d’ici 2050. Le faible taux de fécondité (1.74% en 2008) fait partie des multiples sujets d’auto-flagellation des Québécois. Ne devrait-on pas plutôt s’en féliciter ? Bien que nous fassions piètre figure en terme d’empreinte écologique, sur le plan strictement démographique, ne sommes-nous pas un exemple de sagesse pour le reste du monde, sagesse involontaire, mais sagesse tout de même? Mais approchons le problème de la démographie sous un angle différent, celui de la capacité de support. S’est-on déjà demandé combien d’êtres humains le territoire du Québec peut maintenir de manière durable et équitable ? Dans une perspective d’économie relocalisée et de partage de la richesse, et en tenant compte des contraintes du climat, des ressources et des espaces disponibles, quelle est le poids ‘santé’ de la population québécoise et de quelle manière cette population devrait-elle se répartir sur le territoire pour assurer la conservation d’espaces naturels essentiels à notre bien-être collectif et à l’épanouissement des autres formes de vie avec qui nous cohabitons ? Voilà qui pourrait faire progresser le débat au-delà de sa rhétorique habituelle et déboucher sur des solutions durables. Peut-être sommes-nous déjà bien assez nombreux.

Comme on le sait, c’est essentiellement la grande disponibilité de pétrole à bon marché qui a rendu possible l’explosion démographique mondiale et qui a facilité l’éclatement géographique des processus économiques. Contre toute logique, il est devenu plus rentable de faire parcourir des milliers de kilomètres à une matière première de son extraction à sa consommation que de concentrer le cycle économique localement. Mais selon plusieurs experts, nous frôlons le pic mondial de production de cette ressource non renouvelable.Dans un proche avenir, la rareté fera grimper les prix de carburant rendant le grand déménagement de produits et de services de plus en plus absurde. Dans cette perspective, il est permis de penser que les pays ou la densité de population est faible comme c’est le cas au Québec, les petits peuples autosuffisants qui auront résisté à l’appât du gain et qui au lieu de dilapider les ressources de leur territoire aux plus offrants, les auront utilisés avec clairvoyance et parcimonie, qui au lieu de transformer leurs milieux naturels et leurs terres cultivables en béton les auront préservé, ces peuples seront en bien meilleure posture pour affronter la transition vers des économies relocalisées.

La Communauté du 22 avril
En janvier 2009, le peuple islandais a osé se lever et dire non au sauvetage des banques privées. De grandes manifestations pacifiques ont eu lieu sur cette petite île nordique de 320 000 habitants, provoquant la chute du gouvernement en place. Suite à un référendum d’initiative populaire, les Islandais ont confié à des assemblées citoyennes le soin d’écrire une nouvelle constitution pour le pays.

En ce printemps 2012, nous voilà nous aussi à la croisée des chemins, pris en étau entre deux paliers de gouvernements qui ne sont que les deux lames d’un même ciseau. Ou bien nous suivons aveuglément ces dirigeants, qui bien qu’étant assis sur les épaules de géants, s’obstinent à regarder dans le rétroviseur plutôt qu’à envisager ce qui vient devant. Ou bien nous choisissons nous-mêmes la voie à suivre. Une voie qu’il nous appartient de tracer.

Dans cette perspective, nous proposons que soit créé un espace de réflexion publique en marge des partis politiques, que l’on pourrait appeler la Communauté du 22 avril, à laquelle tous pourront contribuer et qui s’appliquera à dessiner cette nouvelle trajectoire. La nôtre.

Andrée Gendron & Alain Branchaud
Biologistes
Projet Rescousse

 

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Le 11, on ose regarder droit devant

C’est le 11 novembre 1918 à 11 heures que l’Armistice prenait effet, mettant officiellement fin à la Première Guerre mondiale. Depuis ce temps dans les pays du Commonwealth et en Europe, le 11e jour du 11e mois est consacré jour du Souvenir. Une journée pour se rappeler ceux et celles qui se sont battus pour un monde meilleur et pour préserver les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité… Fleur des lendemains de guerre, le coquelicot, qui envahissait presque spontanément les terres dévastées par la bataille, est devenu le symbole du sang versé par ces soldats qui ont abruptement perdu leur vie, souvent dans la fleur de l’âge. Malheureusement, le souvenir de ce conflit majeur se fait déjà lointain. Il a perdu de sa netteté et peut-être de sa portée à mesure que sont disparus ceux et celles qui en ont été témoins. Le coquelicot s’est fané se vidant progressivement de son sens. Pourquoi ne pas lui insuffler une dimension nouvelle en cette année où étrangement les onze s’alignent. Le 11 novembre, souvenons-nous des luttes passées pour mieux envisager les luttes actuelles et celles à  venir. L’un des enjeux décisifs de notre époque est certes celui de l’avenir de notre planète. Défendre les conditions qui garantissent la vie sur Terre, voilà une lutte sans canons, sans fusils, sans bombes, mais une lutte quand même. La survie de notre planète vaut-elle la peine qu’on se manifeste, qu’on se bouge, qu’on se mobilise, qu’on ose regarder droit devant ?

Au-delà du contexte géopolitique particulier, bien des guerres ont été déclenchées par des tensions liées à deux enjeux clés : celui de la cohabitation dans un contexte de diversité (culturelle ou autre) et celui du partage des territoires et des ressources. Or, ces mêmes tensions qui ont amené et amènent encore les peuples à s’affronter, se transposent à l’échelle de la planète et opposent maintenant l’humanité et le reste du vivant. L’insatiable appétit qui a conduit les sociétés humaines à s’approprier de plus en plus de ressources et d’espace est en train de plonger la Terre toute entière dans une crise sans précédent, détériorant les conditions de la vie humaine et précipitant les autres espèces dans un vortex d’extinction inégalé. Dans cet affrontement ultime, l’arme qui se retourne contre nous est de notre fabrication : l’engrenage de la croissance perpétuelle et du consumérisme a enfermé les êtres humains dans une logique individualiste du « toujours plus », une logique irréconciliable avec la réalité écologique et dont il faut se départir.

En ce jour du Souvenir, pourquoi ne pas oser proposer un monde alternatif où le « assez » remplacerait le « trop », où prospérité ne rimerait plus avec PIB, où les actions ne seraient pas boursières mais communautaires, où les humains ne seraient plus consommateurs et où les valeurs, plutôt que mobilières, seraient humanitaires ? Dans ce nouveau monde, l’idéal de respect entre les nations qu’on s’est tué à promouvoir dans la foulée de la résolution des deux grandes guerres aurait évolué vers une forme de fraternité élargie, vers une vraie cohabitation avec l’ensemble du vivant.

« D’ici la fin du siècle, nos enfants et nos petits-enfants seront confrontés à un climat hostile, à l’épuisement des ressources, à la destruction des habitats, à la disparition des espèces, à la rareté alimentaire, aux migrations de masse et, de manière presque inévitable, à la guerre » écrivait récemment Tim Jackson dans son livre intitulé Prospérité sans croissance*. Se désoler silencieusement de cette sombre perspective en attendant la venue d’une figure charismatique ou en espérant que nos gouvernements agissent à notre place équivaut à agiter le drapeau blanc. Il serait intolérable que les hommes et les femmes dont on se souvient aujourd’hui aient payé de leur vie pour que des décennies plus tard nous regardions sans broncher s’éteindre la Vie. Pour que dans des siècles on puisse encore honorer leur mémoire, le moment est venu d’oser se manifester, individuellement et collectivement, d’oser s’armer de paroles et de persévérance, d’oser se porter volontaire pour livrer bataille sur le front des valeurs avant que tout cela ne dégénère effectivement en une guerre planétaire. Le moment est venu d’accorder à la Vie sur Terre la valeur qui lui revient : Liberté, égalité, biodiversité!

Andrée Gendron, Alain Branchaud & Danielle Lavoie

*Jackson, T (2010) Prospérité sans croissance. La transition vers une économie durable. Etopia, Bruxelles. 247 pages.

Voir également:

Le hamster impossible

Voilà qui illustre bien ce que nous avons tenté d’expliquer dans les billets précédents (voir L’obsession de la croissance économique : quand trop n’est jamais assez et La nouvelle économie : quand le « assez » remplacera le « trop »)… La vidéo étant en anglais, une traduction libre est disponible plus bas.

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La nouvelle économie : quand le « assez » remplacera le « trop »

par Polyp cartoonist (avec sa permission), http://www.polyp.org.uk

Nous avons évoqué précédemment quelques-unes des raisons pour lesquelles un système économique programmé pour croître sans limite est voué à la faillite à plus ou moins longue échéance. Devant ce constat, il nous faut donc imaginer un modèle de remplacement, adapté à notre situation d’êtres vivants, un modèle qui réconcilierait l’être humain et son environnement. N’était-ce pas justement l’ambition du développement durable ? Peut-être… mais en s’alignant sur le système économique ambiant, ce concept conciliant a raté la cible, ne contribuant qu’à entretenir l’illusion que l’aventure de la croissance économique perpétuelle est viable, ce qu’elle ne peut pas être.

Redéfinir les règles du jeu économique mondial est dans l’ordre du possible. Contrairement aux lois qui régissent le fonctionnement de la Nature, ces règles ont été imaginées par nous, déterminées par nous. Elles peuvent donc être changées, par nous. Attaquons le problème de front : pourquoi l’économie devrait-elle croître indéfiniment ? Ne peut-on imaginer une autre trajectoire ? Chez la plupart des espèces animales, le début de la vie est caractérisé par une phase de croissance rapide qui à l’approche de l’âge adulte s’atténue pour éventuellement s’arrêter presque complètement. Les économies émergentes ont certes besoin de se développer pour permettre aux populations qui en dépendent d’atteindre un niveau de vie acceptable. Au-delà d’une certaine taille cependant, les économies ne grandissent plus, elles grossissent. Elles font de l’embonpoint avec tous les désagréments que cela engendre, ne servant plus l’intérêt de la Société mais essentiellement celui des sociétés. Plusieurs études le démontrent : au dessus d’un certain seuil, l’accroissement du niveau de vie ne se traduit plus par une augmentation de la qualité de vie. Dans un modèle économique recadré sur la satisfaction des besoins essentiels à l’épanouissement individuel dans le respect des limites de la planète, les économies matures de nos sociétés riches seraient appelées à surveiller leur ligne voire même à perdre du poids, plutôt qu’à croître indéfiniment.

Ces idées ne sont pas neuves : elles se nomment économie stationnaire (steady state economy), économie de décroissance, nouvelle économie… Ce sont des courants de pensée qui émergent progressivement des facultés universitaires et diffusent dans la société civile. Bien sûr, un changement aussi fondamental ne peut se réaliser en un jour, mais ce mouvement doit s’enraciner quelque part. Et pourquoi pas ici au Québec où nous sommes désespérément à la recherche d’un projet mobilisateur digne des années mythiques de René Lévesque ? Plus qu’un projet de société, la création d’un nouvel ordre économique est un projet d’humanité auquel nous devons nous attaquer sans tarder. C’est sans attendre qu’il faut prendre part aux réflexions, car s’il est une chose dont nous n’aurons jamais assez, c’est le temps.

Andrée Gendron et Alain Branchaud, biologistes et membres fondateurs du Projet Rescousse

Des ressources pour s’impliquer :

Abraham Y-M, Marion L, Philippe H (2011). Décroissance versus développement durable : débats pour la suite du monde. Ecosociété, Montréal. 237 pages.

Un rapport sur l’économie stationnaire

L’obsession de la croissance économique : quand trop n’est jamais assez

Illustration de la Journée sans achat 2008

C’est avec une certaine candeur que le premier ministre du Canada l’a affirmé. Les actions de son gouvernement seront guidées par trois priorités : la croissance économique, la croissance économique et… la croissance économique. Synonyme de santé, de bien-être, de richesse et de prospérité, la croissance économique est devenue un impératif inattaquable et le nouveau Graal de nos dirigeants politiques. Rien de plus normal, nous baignons dans une matrice économique dont le carburant est l’augmentation perpétuelle de la production et de la consommation de biens et de services. Pourtant, c’est l’évidence même : dans un monde aux limites définies et aux ressources limitées, un système fondé sur une croissance illimitée ne peut être viable.

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Liberté, égalité, biodiversité

L’année 2010 a été proclamée Année internationale de la biodiversité. L’ONU annonçait récemment qu’il en sera de même de la décade à venir. Ainsi, nous continuerons d’être inondés d’informations factuelles sur la crise de la biodiversité : saviez-vous qu’une espèce disparaît toutes les 20 minutes, que le taux d’extinction est actuellement 250 fois supérieur au taux naturel, que les océans se meurent, et que si la tendance se maintient, la moitié des espèces connues auront disparu d’ici 100 ans ? Ces implacables prédictions, toutes plus alarmantes les unes que les autres, fusent de toutes parts et percolent comme jamais aux quatre coins de notre planète. Qui peut aujourd’hui prétendre ignorer ce problème ?

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