L’obsession de la croissance économique : quand trop n’est jamais assez

Illustration de la Journée sans achat 2008

C’est avec une certaine candeur que le premier ministre du Canada l’a affirmé. Les actions de son gouvernement seront guidées par trois priorités : la croissance économique, la croissance économique et… la croissance économique. Synonyme de santé, de bien-être, de richesse et de prospérité, la croissance économique est devenue un impératif inattaquable et le nouveau Graal de nos dirigeants politiques. Rien de plus normal, nous baignons dans une matrice économique dont le carburant est l’augmentation perpétuelle de la production et de la consommation de biens et de services. Pourtant, c’est l’évidence même : dans un monde aux limites définies et aux ressources limitées, un système fondé sur une croissance illimitée ne peut être viable.


On a souvent tendance à oublier que l’économie est un sous-système de l’environnement. Elle y puise ses intrants et tous les déchets qu’elle génère y retournent. Pendant des siècles la taille de l’économie mondiale est demeurée en deçà de la capacité de support de la planète. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Au cours des cent dernières années, la production mondiale de l’économie a été multipliée par 24, atteignant maintenant les 47 trillions de dollars. L’appropriation toujours plus grande de matière, d’énergie et d’espace par l’activité humaine a profondément modifié les écosystèmes et réduit la capacité de subsistance des autres formes de vie. A cette dette environnementale, s’est jumelée une perte d’équité sociale. En effet, malgré la croissance phénoménale de l’économie mondiale, le fossé entre les plus riches et les plus pauvres n’a cessé de se creuser. Aujourd’hui, c’est 3,7 milliards d’êtres humains qui survivent avec moins de deux dollars par jour. La marée montante a certes soulevé les bateaux des plus riches mais, contrairement à la maxime populaire, elle a du même coup fait couler ceux des plus démunis.

La logique voudrait que ce système inadapté ait été rapidement substitué par un autre. Paradoxalement, l’économie de marché s’est imposée comme la seule option viable. Elle s’est interposée entre nous et le monde tangible, forgeant une façon de plus en plus désincarnée d’appréhender la vie. Elle n’est plus un simple système régulant les échanges de biens et de services. Elle s’est personnifiée, devenant une figure dominatrice dont on appréhende les états d’âme : «l’économie va bien», «les marchés ont mal réagi», «ils sont frileux»… Elle a institué en norme sociale la nécessité de posséder toujours plus. Et la foi démesurée placée dans le progrès technologique a achevé d’altérer notre rapport au monde, de sorte qu’il semble ne plus exister dans la conscience collective de notion de limite, de sorte que trop ne sera jamais assez.

Nous croyons que l’être humain peut imaginer des modèles économiques plus viables. Et vous ? Voir quelques pistes de solution dans le prochain billet.

Andrée Gendron et Alain Branchaud, biologistes et membres fondateurs du Projet Rescousse

À lire :
De l’impossible croissance économique : http://www.neweconomics.org/publications/growth-isnt-possible

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4 réponses à “L’obsession de la croissance économique : quand trop n’est jamais assez

  1. Lisette Parent

    J’Ai honte. Que dire de plus quand le gouvernement du Canada se montre récalcitrant à hausser la barre des efforts contre les GES (gaz à effet de serre) Il est clair que l’enrichissement de quelques personnes, quelques sociétés passe avant la santé de la population. Que vaudra les lingots d’or quand nous serons tous malades à cause de cette pollution qui va en s’accroissant ……..quand nous aurons détruit nos terres et nos cours d’eau……….est-ce pour cela que les Canadiens ont élu ce gouvernement majoritaire de Stephen Harper ??

  2. François Isabelle

    Oscar Wilde (1854-1900):
    « Qu’est-ce qu’un cynique? C’est un homme qui connait le prix de tout et la valeur de rien ».
    Aujourd’hui il aurait sans doute remplacé « cynique » par « économiste »

  3. Geneviève Lavoie

    La planète a ses limites… je crois qu’il est grand temps qu’on redéfinisse les valeurs sociales, les besoins réels, la définition du mot « richesse » et il faut mieux contrôler le cycle des matières. Les citoyens doivent aussi plus s’impliquer dans leur communauté car l’individualisme crée des besoins matériels plus grands et des relations humaines plus pauvres. Et pour conserver l’économie actuelle, il faut reprendre la production locale dans plusieurs domaines manufacturiers (à la fine pointe de l’écologie biensûr!!). Miser sur le durable au lieu du jetable permettra de diminuer la consommation. Notre mode de vie fait l’envie de bien des pays en développements et nous sommes tous conscients que la planète ne peut supporter cela au niveau mondiale. Il est grand temps de donner un meilleur exemple!

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