Projet de satiété*

*Du latin Satis (assez), qui désigne la satisfaction et par conséquent la disparition d’un besoin par un acte consommatoire

Surconsommation

Si on en croit une citoyenne interviewée récemment à l’émission À la mode Salvail, l’austérité serait une maladie venue d’Australie. Une maladie contagieuse qui infecterait l le discours d’un nombre grandissant de politiciens et causerait des troubles envahissants du tissus social.

J’ai dans mon entourage une personne atteinte d’une autre maladie dévastatrice, celle-là beaucoup plus rare. Au contraire de l’austérité, cette condition appelée syndrome de Prader-Willy ne s’attrape pas; c’est en fait une maladie génétique caractérisée par un trouble grave du comportement alimentaire. Le problème vient du fait que certains gènes localisés sur le chromosome 15 des personnes atteintes ne s’expriment pas. Leur silence empêche le signal de satiété de se faire entendre comme il le devrait lorsque l’estomac est rempli à pleine capacité. Chez ces personnes, la faim n’a pour ainsi dire pas de fin. C’est ainsi que les Prader-Willy développent une véritable obsession pour la boustifaille, un désir brutal et insatiable qui les pousse à se lever la nuit pour mettre la main sur de la nourriture, n’importe quelle nourriture : chaude, froide, surgelée, congelée, même celle destinée aux meilleurs amis de l’homme! Sans contrôle extérieur pour freiner cette surconsommation, les individus atteints développent invariablement une condition d’obésité dégénérative qui réduit dramatiquement leur espérance de vie.

La vision d’un être humain se gavant jusqu’à se faire exploser les entrailles est pour moi un spectacle difficilement soutenable. Pourtant, ce malaise n’est rien en comparaison de celui que je ressens de plus en plus souvent par la simple observation du comportement de mes semblables, ceux que l’on appelle couramment « les consommateurs ». Le malaise m’envahit chaque fois que je traverse ces méga-centres commerciaux remplis à craquer de gens qui ont craqué pour tellement de choses inutiles qu’ils n’ont pas assez de mains pour les transporter. Il m’envahit aussi devant ces publicités chantant l’apologie de l’insatisfaction permanente : « vous méritez plus, nous allons vous en donner plus et ensuite vous en voudrez plus, parce que, plus n’est jamais assez quand on peut économiser plus en achetant plus ». Mais, lorsque les Gérald Fillion de ce monde prennent un air sérieux pour nous expliquer en termes simples et clairs que si le monde entier avait un rythme de consommation égal au nôtre, il faudrait non pas une mais deux autres planètes équivalentes à la Terre pour le soutenir, pour ensuite nous annoncer l’air satisfait : « bonne nouvelle, le nombre de transactions a atteint de nouveaux sommets dans le marché du détail »… là vraiment, j’en ai plus qu’assez.

A ces moments, je voudrais gravir le plus haut sommet de la plus haute montagne et crier aussi fort que me le permet ma petite voix qui ne porte pas : Mais n’êtes vous pas rassasié? N’avez-vous pas assez consommé ? Et l’écho de me répondre alors avec sa voix de mère-grand aux longues dents : « Mais mon enfant, c’est pour mieux protéger l’économie croissante canadienne, qu’il faut consommer, consommer, consommer ».

Si à une époque, empêcher la famille était un sacrilège, aujourd’hui l’acte consommatoire est devenu LE devoir sacré de tout citoyen honnête. On jurerait que la société toute entière est atteinte d’une altération chronique de son chromosome 15, et que nous avons collectivement oublié l’existence même de la notion de satiété. Je préfère ici ne pas trop songer à la définition qu’obtiendrait, dans un vox pop, ce petit mot de 7 lettres, entré dans le langage il y a plus de 1000 ans.

Mais la bêtise de la rue n’a d’égale que celle des élus, qui non contents de poser le mauvais diagnostic se proposent de prescrire à leurs concitoyens non pas un remède mais bien une maladie. Cette grande opération de rigueur budgétaire, qui consiste à priver l’état de ses organes vitaux dans des domaines comme l’éducation, l’environnement, la culture et la santé n’a au fond qu’un seul et unique objectif : réduire la société à une collection d’individus consommateurs dont la principale fonction sera de se mettre au service de la bête économique. Loin de nous sortir du gouffre, le bistouri de l’austérité contribuera à nous y enfoncer, aggravant les problèmes sociaux et environnementaux que le culte de la consommation et de l’économie de croissance engendre.

En fin de compte, ce n’est pas de mesures d’austérité dont notre société souffrante a besoin, mais bien d’un « projet de satiété », qui nous amènerait à nous satisfaire des richesses que nous offre notre territoire et à les partager pour que tous, incluant les moins nantis d’entre nous, puissent enfin se sentir rassasiés.

Andrée Gendron, biologiste

Texte précédemment publié dans le journal Presse-toi à gauche

Au nom de la loi, arrêtez ce projet !

Le premier ministre du Québec Jean Charest répète depuis plusieurs mois que personne n’est au-dessus des lois et que leur respect fait partie des valeurs fondamentales de la société québécoise. Il souhaitait faire de la loi et l’ordre un thème central de l’actuelle campagne électorale. Le voici donc servi avec une histoire encore bien chaude qui met en scène une loi bafouée par l’un de ses ministres au profit d’amis du parti.

Quelques jours avant le déclenchement des élections, le gouvernement du Québec a officialisé l’agrandissement du parc national du Mont Saint-Bruno. Cette annonce a soulevé plusieurs questions notamment sur le fait que la Forêt des Hirondelles, un important milieu naturel adjacent au parc n’y ait pas été annexé.

Un promoteur immobilier, le sénateur libéral Paul J. Massicotte, veut construire à cet endroit trente maisons de luxe. Il a l’appui du maire de Saint-Bruno, mais plusieurs citoyens mènent une lutte épique pour sauvegarder le boisé. Ceux-ci ont même saisi la Cour supérieure du Québec afin d’obtenir une injonction.

Questionné plus tôt cet été sur ce qu’il entendait faire avec ce site, le ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs Pierre Arcand y est allé d’une réponse des plus surprenante en indiquant qu’il n’avait pas l’intention d’invoquer la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables (ci-après la Loi) pour bloquer le projet domiciliaire.

Or, parmi les nombreuses espèces menacées ou vulnérables présentes dans la Forêt des Hirondelles, l’une d’elles est protégée par l’article 16 de la Loi qui interdit en substance de nuire à tout spécimen (interdiction de récolter, de détruire, de mutiler, etc.). L’article 16 prévoit certes quatre catégories d’exceptions, notamment pour des fins scientifiques, éducatives ou de gestion, mais aucune d’elles n’inclut le développement domiciliaire et ce, peu importe l’allégeance du promoteur.

Si le ministre Arcand ignore ainsi la Loi, il ne peut ignorer la présence de cette espèce sur le site, ayant reçu depuis plusieurs mois les coordonnées géoréférencées de plusieurs spécimens en plus de quelques photos pour agrémenter sa lecture des faits. La présence de l’espèce à plusieurs endroits sur le site rend toute construction domiciliaire incompatible avec le respect de l’interdiction énoncée à l’article 16.

Le ministre Arcand s’est fait rassurant en indiquant aux journalistes que le promoteur devait obtenir un certificat d’autorisation et que le tout était à l’étude. Il faut rappeler au ministre Arcand que l’obtention d’un certificat d’autorisation obtenu en vertu de la Loi sur la qualité de l’environnement (LQE)* ne dispense pas un promoteur de respect des autres lois environnementales, pas plus que cela ne le dégage de sa responsabilité ministérielle de faire respecter les dispositions de la Loi.

Nul n’est censé ignorer la loi et encore moins un ministre responsable de son application. Si le ministre Arcand veut autoriser ce projet domiciliaire conformément à la lettre de la Loi et de son article 16, il doit modifier son Règlement sur les espèces floristiques menacées ou vulnérables et leurs habitats. Dans le respect de la lettre et surtout de l’esprit de la Loi, une autre option, plus noble celle-là, s’offre à lui. Au nom de la Loi, il peut immédiatement arrêter ce projet.

Le Projet Rescousse

* Les exceptions prévues à l’article 5 du Règlement sur les espèces floristiques menacées ou vulnérables et leurs habitats ne concernent pas l’ensemble des espèces floristiques menacées ou vulnérables du Québec, contrairement à la position récemment défendue en Cour supérieure par le gouvernement du Québec [SIC]. Seulement les espèces spécifiées à l’article 5 du règlement sont exemptées de l’application de l’article 16 de la Loi par l’émission d’un certificat d’autorisation émis en vertu de la LQE.

L’après 22 avril

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Nous vivons sur une planète unique. Unique, en ce qu’elle réunit les conditions climatiques, physiques et biochimiques essentielles à la vie. Ces conditions ont permis à l’humanité de se développer et de mettre en place un modèle d’organisation socio-économique qui a entraîné une amélioration extraordinaire de la qualité et de l’espérance de vie. Cependant, ce puissant instrument d’épanouissement en est venu aujourd’hui à mettre en péril les mêmes conditions climatiques, physiques et biochimiques qui ont permis notre existence et celle des autres espèces avec qui nous cohabitons.

Nous sommes arrivés à une étape de notre évolution où nous devons passer à autre chose, où collectivement il nous faut imaginer un nouveau modèle de société qui reflète une compréhension plus réaliste du monde et qui intègre notre condition d’organisme vivant. Le printemps bruyant que l’on connaît au Québec, cette occupation des espaces publics, toutes ces cogitations collectives laissent dans l’air un parfum d’évolution, voire de révolution. Alors qu’on s’apprête à célébrer le 50e anniversaire de la parution du « Printemps silencieux » (Rachel Carson), se pourrait-il que l’année 2012 marque non pas la fin du monde, mais la fin d’un monde et le commencement d’un autre, plus libre et plus heureux, où les êtres humains reprendraient leur destinée en main ?

Vers une économie stabilisée
Nous baignons dans une matrice économique dont le carburant est l’augmentation perpétuelle de la production et de la consommation de biens et de services. Cet impératif de la « croissance pour la croissance » qui est au centre des politiques publiques depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale est devenu au fil du temps une sorte de religion. L’économie n’est plus ce système qui avait pour but de réguler les échanges de biens et de services. Elle s’est personnifiée, prenant la forme d’une figure dominatrice dont on appréhende les états d’âme : «l’économie va bien», «les marchés ont mal réagi», «ils sont frileux»… Elle a institué en norme sociale la nécessité de consommer toujours plus, de sorte qu’il semble ne plus exister dans la conscience collective de notion de limite, de sorte que trop ne sera jamais assez.

Pourtant, c’est l’évidence même : dans un monde aux ressources et espaces limités, un système fondé sur une croissance illimitée ne peut être durable. Pendant des siècles la taille de l’économie mondiale est demeurée en deçà de la capacité de support de la planète mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Au cours des cent dernières années, la production mondiale de l’économie a été multipliée par 24, atteignant maintenant plus de 47 trillions de dollars. L’appropriation toujours plus grande de matière, d’énergie et d’espace par l’activité humaine a profondément modifié les écosystèmes et réduit la capacité de subsistance des autres formes de vie. À cette dette environnementale s’est jumelée une perte d’équité sociale. En effet, malgré la croissance phénoménale de l’économie mondiale, le fossé entre les plus riches et les plus pauvres n’a cessé de se creuser. Aujourd’hui, ce sont 3,7 milliards d’êtres humains qui survivent avec moins de deux dollars par jour, soit annuellement le prix d’un téléphone intelligent.

Les règles du jeu économique mondial ne sont pas immuables. Contrairement aux lois de la Nature, ces règles ont été imaginées par nous. Elles peuvent donc être changées, par nous. Une question se pose : alors que tout a une limite en ce monde, pourquoi l’économie devrait-elle croître indéfiniment ? Chez la plupart des espèces animales, le début de la vie est caractérisé par une phase de croissance rapide qui à l’approche de l’âge adulte s’atténue pour éventuellement s’arrêter presque complètement. Les économies émergentes ont besoin de se développer pour permettre aux populations qui en dépendent d’atteindre un niveau de vie acceptable. Au-delà d’une certaine taille cependant, les économies ne grandissent plus, elles grossissent, ne servant plus l’intérêt de la Société mais essentiellement celui des sociétés. Plusieurs études le démontrent : au dessus d’un certain seuil, l’accroissement du niveau de vie ne se traduit plus par une augmentation de la qualité de vie. Au-delà d’une certaine limite, le découplage entre le PIB et le bien-être des individus est frappant. Dans un modèle socio-économique recadré sur la satisfaction des besoins essentiels et l’épanouissement individuel et collectif dans le respect des limites de la planète, les économies matures des sociétés riches comme l’est le Québec devraient surveiller leur ligne. Cette perspective paraît être sortie de la tête d’un dangereux extrémiste financé par des intérêts étrangers. Eh bien non…elle est soutenue par de plus en plus de scientifiques et d’économistes, dont Peter Victor, auteur d’un ouvrage intitulé Management without growth : slower by design not disaster (2008). Ce dernier a conçu un modèle prévisionnel reproduisant l’économie canadienne dans le but d’apprécier l’effet de divers scénarios de croissance et de décroissance sur un certain nombre d’indicateurs socio-économiques et environnementaux. Dans le scénario de croissance faible ou nulle, où la consommation, la productivité et la population se stabilisaient à partir de 2010, il a montré qu’en réduisant la semaine de travail à quatre jours, en instaurant une taxe sur le carbone, en augmentant le niveau de taxation des plus riches, et en ramenant les investissements publics vers les services à la société, le résultat au bout d’une vingtaine d’années serait loin d’être désastreux. Au contraire, le taux de chômage aurait atteint un plancher de 4%, le ratio de la dette sur le PIB aurait chuté considérablement, de même que la pauvreté et les émissions totales de gaz à effet de serre. Bien sûr, ces résultats ne sont que des projections, mais combinés à ceux similaires d’autres spécialistes, ils démontrent que des trajectoires autres que celle de la croissance perpétuelle sont possibles pour les sociétés riches comme le Québec. Elles sont d’ailleurs aussi possibles et souhaitables qu’elles sont inévitables. En effet, le temps où la croissance insensée manquera d’essence est proche. Pour s’en convaincre, il suffit de contempler les crises et les effondrements économiques qui se multiplient un peu partout sur le globe.

Vers une occupation humaine durable et équitable du territoire
Nous sommes aujourd’hui 7 milliards d’êtres humains sur la Terre et selon les différents scénarios de l’ONU ce nombre pourrait se stabiliser à 8 milliards ou augmenter jusqu’à 10 milliards en 2050. Déjà aujourd’hui nous consommons plus que ce que notre planète peut nous offrir . Comme le souligne le rapport de la Conférence sur l’économie stationnaire (2010), nous avons non seulement besoin de plus petites empreintes, mais aussi d’un moins grand nombre de pieds. Malencontreusement et en dépit de l’urgence, la question démographique n’est que timidement abordée, principalement pour deux raisons. Premièrement, ‘avoir des enfants’, peu importe le nombre, est devenu dans l’imaginaire collectif un ‘droit’ inaliénable, et l’idée même d’intervenir explicitement pour contenir la démographie mondiale est perçue par certains comme un sacrilège, et par d’autres comme une source inévitable de dérives similaires à celles qui sont survenues en Chine. En dépit du problème éthique qu’il pose, cet enjeu est majeur et l’espèce humaine devrait aujourd’hui être assez mature pour l’envisager et en débattre. Mais il y a un second verrou idéologique qui rend encore plus difficile toute réflexion ouverte et éclairée sur le sujet. Notre économie est ainsi faite qu’elle a besoin de la croissance démographique pour se maintenir. En effet, notre modèle économique est non seulement tributaire de l’augmentation de la consommation per capita mais également de l’augmentation du nombre de consommateurs. C’est ainsi que la croissance de la population constitue aujourd’hui une autre obsession de nos dirigeants politiques qui n’ont de cesse d’imaginer des incitatifs pour produire davantage d’enfants. Au Québec, la population a franchi le cap des 8 millions d’habitants fin septembre 2011. Au contraire de plusieurs sociétés riches (États-Unis,Danemark, Royaume-Uni), la population du Québec est affligée d’une croissance famélique et les prévisions démographiques récentes suggèrent qu’elle pourrait soit décliner légèrement, soit se stabiliser, soit augmenter jusqu’à frôler les 9 millions d’habitants d’ici 2050. Le faible taux de fécondité (1.74% en 2008) fait partie des multiples sujets d’auto-flagellation des Québécois. Ne devrait-on pas plutôt s’en féliciter ? Bien que nous fassions piètre figure en terme d’empreinte écologique, sur le plan strictement démographique, ne sommes-nous pas un exemple de sagesse pour le reste du monde, sagesse involontaire, mais sagesse tout de même? Mais approchons le problème de la démographie sous un angle différent, celui de la capacité de support. S’est-on déjà demandé combien d’êtres humains le territoire du Québec peut maintenir de manière durable et équitable ? Dans une perspective d’économie relocalisée et de partage de la richesse, et en tenant compte des contraintes du climat, des ressources et des espaces disponibles, quelle est le poids ‘santé’ de la population québécoise et de quelle manière cette population devrait-elle se répartir sur le territoire pour assurer la conservation d’espaces naturels essentiels à notre bien-être collectif et à l’épanouissement des autres formes de vie avec qui nous cohabitons ? Voilà qui pourrait faire progresser le débat au-delà de sa rhétorique habituelle et déboucher sur des solutions durables. Peut-être sommes-nous déjà bien assez nombreux.

Comme on le sait, c’est essentiellement la grande disponibilité de pétrole à bon marché qui a rendu possible l’explosion démographique mondiale et qui a facilité l’éclatement géographique des processus économiques. Contre toute logique, il est devenu plus rentable de faire parcourir des milliers de kilomètres à une matière première de son extraction à sa consommation que de concentrer le cycle économique localement. Mais selon plusieurs experts, nous frôlons le pic mondial de production de cette ressource non renouvelable.Dans un proche avenir, la rareté fera grimper les prix de carburant rendant le grand déménagement de produits et de services de plus en plus absurde. Dans cette perspective, il est permis de penser que les pays ou la densité de population est faible comme c’est le cas au Québec, les petits peuples autosuffisants qui auront résisté à l’appât du gain et qui au lieu de dilapider les ressources de leur territoire aux plus offrants, les auront utilisés avec clairvoyance et parcimonie, qui au lieu de transformer leurs milieux naturels et leurs terres cultivables en béton les auront préservé, ces peuples seront en bien meilleure posture pour affronter la transition vers des économies relocalisées.

La Communauté du 22 avril
En janvier 2009, le peuple islandais a osé se lever et dire non au sauvetage des banques privées. De grandes manifestations pacifiques ont eu lieu sur cette petite île nordique de 320 000 habitants, provoquant la chute du gouvernement en place. Suite à un référendum d’initiative populaire, les Islandais ont confié à des assemblées citoyennes le soin d’écrire une nouvelle constitution pour le pays.

En ce printemps 2012, nous voilà nous aussi à la croisée des chemins, pris en étau entre deux paliers de gouvernements qui ne sont que les deux lames d’un même ciseau. Ou bien nous suivons aveuglément ces dirigeants, qui bien qu’étant assis sur les épaules de géants, s’obstinent à regarder dans le rétroviseur plutôt qu’à envisager ce qui vient devant. Ou bien nous choisissons nous-mêmes la voie à suivre. Une voie qu’il nous appartient de tracer.

Dans cette perspective, nous proposons que soit créé un espace de réflexion publique en marge des partis politiques, que l’on pourrait appeler la Communauté du 22 avril, à laquelle tous pourront contribuer et qui s’appliquera à dessiner cette nouvelle trajectoire. La nôtre.

Andrée Gendron & Alain Branchaud
Biologistes
Projet Rescousse

 

Le 11, on ose regarder droit devant

C’est le 11 novembre 1918 à 11 heures que l’Armistice prenait effet, mettant officiellement fin à la Première Guerre mondiale. Depuis ce temps dans les pays du Commonwealth et en Europe, le 11e jour du 11e mois est consacré jour du Souvenir. Une journée pour se rappeler ceux et celles qui se sont battus pour un monde meilleur et pour préserver les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité… Fleur des lendemains de guerre, le coquelicot, qui envahissait presque spontanément les terres dévastées par la bataille, est devenu le symbole du sang versé par ces soldats qui ont abruptement perdu leur vie, souvent dans la fleur de l’âge. Malheureusement, le souvenir de ce conflit majeur se fait déjà lointain. Il a perdu de sa netteté et peut-être de sa portée à mesure que sont disparus ceux et celles qui en ont été témoins. Le coquelicot s’est fané se vidant progressivement de son sens. Pourquoi ne pas lui insuffler une dimension nouvelle en cette année où étrangement les onze s’alignent. Le 11 novembre, souvenons-nous des luttes passées pour mieux envisager les luttes actuelles et celles à  venir. L’un des enjeux décisifs de notre époque est certes celui de l’avenir de notre planète. Défendre les conditions qui garantissent la vie sur Terre, voilà une lutte sans canons, sans fusils, sans bombes, mais une lutte quand même. La survie de notre planète vaut-elle la peine qu’on se manifeste, qu’on se bouge, qu’on se mobilise, qu’on ose regarder droit devant ?

Au-delà du contexte géopolitique particulier, bien des guerres ont été déclenchées par des tensions liées à deux enjeux clés : celui de la cohabitation dans un contexte de diversité (culturelle ou autre) et celui du partage des territoires et des ressources. Or, ces mêmes tensions qui ont amené et amènent encore les peuples à s’affronter, se transposent à l’échelle de la planète et opposent maintenant l’humanité et le reste du vivant. L’insatiable appétit qui a conduit les sociétés humaines à s’approprier de plus en plus de ressources et d’espace est en train de plonger la Terre toute entière dans une crise sans précédent, détériorant les conditions de la vie humaine et précipitant les autres espèces dans un vortex d’extinction inégalé. Dans cet affrontement ultime, l’arme qui se retourne contre nous est de notre fabrication : l’engrenage de la croissance perpétuelle et du consumérisme a enfermé les êtres humains dans une logique individualiste du « toujours plus », une logique irréconciliable avec la réalité écologique et dont il faut se départir.

En ce jour du Souvenir, pourquoi ne pas oser proposer un monde alternatif où le « assez » remplacerait le « trop », où prospérité ne rimerait plus avec PIB, où les actions ne seraient pas boursières mais communautaires, où les humains ne seraient plus consommateurs et où les valeurs, plutôt que mobilières, seraient humanitaires ? Dans ce nouveau monde, l’idéal de respect entre les nations qu’on s’est tué à promouvoir dans la foulée de la résolution des deux grandes guerres aurait évolué vers une forme de fraternité élargie, vers une vraie cohabitation avec l’ensemble du vivant.

« D’ici la fin du siècle, nos enfants et nos petits-enfants seront confrontés à un climat hostile, à l’épuisement des ressources, à la destruction des habitats, à la disparition des espèces, à la rareté alimentaire, aux migrations de masse et, de manière presque inévitable, à la guerre » écrivait récemment Tim Jackson dans son livre intitulé Prospérité sans croissance*. Se désoler silencieusement de cette sombre perspective en attendant la venue d’une figure charismatique ou en espérant que nos gouvernements agissent à notre place équivaut à agiter le drapeau blanc. Il serait intolérable que les hommes et les femmes dont on se souvient aujourd’hui aient payé de leur vie pour que des décennies plus tard nous regardions sans broncher s’éteindre la Vie. Pour que dans des siècles on puisse encore honorer leur mémoire, le moment est venu d’oser se manifester, individuellement et collectivement, d’oser s’armer de paroles et de persévérance, d’oser se porter volontaire pour livrer bataille sur le front des valeurs avant que tout cela ne dégénère effectivement en une guerre planétaire. Le moment est venu d’accorder à la Vie sur Terre la valeur qui lui revient : Liberté, égalité, biodiversité!

Andrée Gendron, Alain Branchaud & Danielle Lavoie

*Jackson, T (2010) Prospérité sans croissance. La transition vers une économie durable. Etopia, Bruxelles. 247 pages.

Voir également:

A la Rescousse de la classe politique

manifestations populaires du 15 octobre 2011

En cette période d’apathie et de déprime collective, jamais n’a-t-on vu autant de partis politiques émerger pour prétendument proposer des idées nouvelles, plus proches des aspirations et des préoccupations des Québécois. Force est des constater que ces nouveaux contenants politiques ont peu de contenu à offrir. Leurs porte-parole ne sont ni inspirés, ni inspirants. Leurs programmes font penser à une vieille soupe populiste qui goûte le terre-à-terre et le manque de clairvoyance.

Pendant ce temps, de vraies réflexions porteuses d’espoir se développent, s’articulent et semblent converger vers quelque chose qui ressemble à une vision cohérente de la voie à suivre. Ironiquement, la classe politique en place se tient loin de ces courants de pensée qui malmènent les idées reçues et ébranlent les vieux consensus. Elle préfère de loin se laisser porter par la vague des lieux communs et des réflexes verbaux. C’est ainsi que, tandis que nos politiciens traditionnels n’ont que le mot « croissance économique » en bouche, de plus en plus de personnes de tous horizons commencent à remettre en question ce fondement de l’économie de marché. Ils suggèrent que ce modèle non viable doit être repensé si on veut assurer notre avenir sur cette planète aux ressources et aux espaces limitées. Les manifestations populaires qui s’organisent actuellement contre le milieu financier dans plusieurs grandes villes du monde montrent bien que ce système en faillite a trop longtemps servi les intérêts DES sociétés et qu’il doit maintenant être revu pour servir ceux de LA société.

Voici donc en vrac quelques bribes d’inspiration pour notre classe politique en déficit d’attention :

République, un abécédaire populaire (2011) Documentaire de Hugo Latulippe. http://www.facebook.com/RepubliqueUnAbecedairePopulaire?sk=wall

Mead, H. (2011) Indice du progrès véritable du Québec. Multimonde, Montréal.

Abraham Y-M, Marion L, Philippe H (2011). Décroissance versus développement durable : débats pour la suite du monde. Ecosociété, Montréal. 237 pages.

Jackson, T (2010) Prospérité sans croissance. La transition vers une économie durable. Etopia, Bruxelles. 247 pages.

Un rapport sur l’économie stationnaire : http://steadystate.org/enough-is-enough/

De l’impossible croissance économique : http://www.neweconomics.org/publications/growth-isnt-possible

The impossible hamster : http://www.youtube.com/watch?v=Sqwd_u6HkMo

Voir aussi nos billets précédents…https://rescousse.wordpress.com/2011/06/08/la-nouvelle-ec…ra-le-«-trop-»/L’Équipe du Projet Rescousse

« I’m a frog, you’re a frog, kiss me »

Rainette faux-grillon, un amphibien menacé figurant sur la nouvelle étiquette de la bière Rescousse.

La fête Nationale est l’occasion de célébrer la survie du français en Amérique en faisant entendre les plus belles voix du Québec. D’autres voix toutes aussi percutantes s’élèvent de nos villes et villages. Celles des grenouilles, rainettes et crapauds qui enchantent nos nuits et nos jours de leurs chorals dès le retour du printemps. C’est le moment de lever notre verre à une cohabitation plus harmonieuse avec ces autres « frogs » qui perdent chaque jour un peu plus de terrain. Ironiquement, les boisés humides qu’ils habitent sont un à un convertis en béton, alors qu’ils agissent comme des éponges, formant des remparts naturels aux inondations qui nous affligent. Ne tuons pas la beauté du monde… Sortons de l’indifférence et appuyons la protection des milieux humides partout au Québec.

Vous le faites déjà ? Partagez vos initiatives…

Le hamster impossible

Voilà qui illustre bien ce que nous avons tenté d’expliquer dans les billets précédents (voir L’obsession de la croissance économique : quand trop n’est jamais assez et La nouvelle économie : quand le « assez » remplacera le « trop »)… La vidéo étant en anglais, une traduction libre est disponible plus bas.

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